Photographie : dans le ventre de la médina

Photo : Ali El Kassass

Photo : Ali El Kassass

Portfolio de sortie de résidence de création photographique Takafes 2016.

Pour leur résidence d’artiste organisée par Takafes le centre d’art et de l’innovation culturelle, les quatre auteurs photographes : Amine Bouyarmane, Omar Chennafi, Hamza Ben Rachad et Mohamed Thara avaient pour projet initial de poser leurs regards au gré de leurs cheminements dans les ruelles de la vielle médina de Fès. Ils questionnent la fabrication de la ville dans le temps et l’espace, et portent un regard singulier et indépendant sur les espaces urbains révélant leur spécificité, leur morphologie et leur histoire. Ils revisitent les rapports complexes qu’entretient le médium photographique à l’espace, dans un processus de travail empirique qui s’est construit au fil d’un parcours répété quotidiennement dans la partie la plus profonde du corps de la médina. Les repères transcrits pendant les marches deviennent des traces photographiques. Le déplacement restitue une identité hybride des ruelles et des territoires parcourus et interroge notre rapport à l’espace urbain.
Dans leurs photographies, il s’agit d’abord d’une tentative de captation de la lumière, du temps et du vide qui est l’un des éléments fondamentaux de la pratique de la photographie. Les photographes interrogent la notion du vide et son rapport avec l’espace : espace réel/virtuel, espace physique/mental, espace privé/social, espace naturel/culturel, espace perceptif/représentatif, etc. Le vide dans la culture populaire marocaine se manifeste sous la forme d’un espace non occupé par des objets, qui entre en interaction avec d’autres éléments esthétiques et les différentes zones de représentation. Un rapport étroit s’est installé entre la création photographique et le territoire urbain qu’ils parcourent. Le caractère immatériel dans les photographies réalisées lors de cette résidence se manifestant sous forme d’espace vacant mis en valeur. Le vide est également considéré comme une condition pour mieux remplir. Un passage du réel à sa photographie ou la notion de l’espace est en modification continuelle dans sa structure corporelle et mentale. Une vaste surface vide permet de développer un rapport spirituel et contemplatif au monde. L’exemple des mosquées et des mausolées de saints de la médina qui relient l’organisation de l’espace culturel de l’Homme ou vide photographiés par Amine Bouyarmane et Omar Chennafi. L’espace public est soumis, aux représentations qui orientent les formes d’appropriation et la perception générale qu’on s’en fait. Les images photographiques recèlent des possibilités argumentatives très importantes dans un monde où les images sont faites pour circuler.
Ainsi, la silhouette de la femme en noir qui porte le niqab, chez Mohamed Thara se repère en fonction de l’espace qui l’entoure lors de son déplacement au sein de l’espace de la médina. Entre ombre et lumière, la manière dont la silhouette de l’homme au chapeau de paille blanc est disposée chez Omar Chennafi conditionne le trajet et le rythme de ses mouvements. L’exemple de l’homme en djellaba chez Amine Bouyarmane qui contemple l’espace d’une ruelle vide, ou la jeune fille prise de dos qui court fuyant l’obscurité à la recherche de la lumière chez Hamza Ben Rachad. Dans ces photographies, l’espace est souvent vide ou occupé par des personnes, ou des silhouettes, ceux-ci pouvant être situées dans son volume ou à sa surface, voire dans ses différentes dimensions. Les silhouettes peuvent être repérées les uns par rapport aux autres par la mesure de la distance ou de la direction. L’existence et le caractère de l’espace sont conditionnés par le vide, rendue visible par la disposition de cet espace inoccupé dans la photographie. Une lecture de l’espace labyrinthique et conflictuel et ses transformations au fil des saisons entre une médina qui se développe lentement et l’intervention de l’homme pour tenter de la maîtriser.
Dans toutes les photographies réalisées pendant cette résidence Takafes, les formes se rencontrent dans l’espace, entrent en collision et se fondent plastiquement les uns aux autres. Derrière chaque photographie, il y a toujours une histoire, toute trace étant elle-même un fait de mémoire, aucune image photographique n’est accessible autrement qu’à travers le filtre d’une fiction d’appropriation des choses passées au temps présent. Les photographies s’adaptent aux contraintes de l’espace sur lesquels les photographes travaillent, en mettant en évidence les ambiguïtés de la notion d’espace public. Une série photographique qui dépasse les frontières sociales et historiques pour constituer un témoignage ethnographique et iconographique unique sur la médina de Fès.
 Mohammed HAMDONI – Directeur artistique de Takafes.

Omar Chennafi né en 1984.
Jeune auteur photographe Marocain qui vit et travaille à Fès. Il a exposé récemment au centre d’art Koorenhuis à La Haye au Pays Bas, à la galerie le Cube à Rabat, et dans plusieurs manifestations artistiques au Maroc et à l’étranger. Il est le photographe officiel du Festival de Fès des Musiques Sacrées du Monde. Ses photographies ont notamment été publiées dans plusieurs magazines anglo-saxonnes comme Tavel Magazine, Moroccan Diary, Nieuws ou Highlight Marokko. Son approche de la photographie se manifeste par le dépassement de la simple représentation du réel et célèbre un nouveau regard sur la vie au delà des formes qu’elle montre.

"The Invisible Fez" série photographique © Copyright Omar Chennafi, 2016.
« The Invisible Fez » série photographique © Copyright Omar Chennafi, 2016.

 

Hamza Ben Rachad né en 1993.
Jeune auteur photographe Marocain qui vit et travaille à Fès, il a eu le troisième prix lors de l’exposition collective « Exposition Nomade » à Casablanca en 2015, il a exposé aussi dans la première édition de l’exposition  collective l’Héritage colonial des villes marocaines à l’Institut Français de Fès en 2015. Son regard est attiré par l’espace urbain et les corps en mouvement. Hamza Ben Rachad est fasciné par le clair-obscur et par le délicat et précaire équilibre des ombres et des lumières, comparable à celui du silence. Matérialisé par des photographies épurées qui se caractérisent par la maîtrise de la lumière, l’élégance des formes et des cadrages.

Lumen Série photographique © Hamza Ben Rachad 2016
Lumen Série photographique © Hamza Ben Rachad 2016

 

Mohamed Thara né en 1972
Il vit et travaille entre Fès, Paris et Bordeaux. Artiste pluridisciplinaire et chercheur universitaire. Il est titulaire d’un diplôme national supérieur de l’Ecole des Beaux-arts de Bordeaux (DNSEP) et d’un Master en esthétique et arts plastiques à l’Université de Bordeaux Montaigne.  Formé aux techniques photographiques à l’école de l’Institut National de l’Audiovisuel de Paris (Ina sup) et à l’école de cinéma professionnelle Arscipro de Paris. Peintre, photographe, vidéaste et performeur aux talents multiples.  Son travail photographique contient une promesse d’écriture rituelle, une pensée pertinemment décochée au monde, un projet global et critique de la société par l’image en mouvement qui soulève de nombreuses questions : l’histoire, la mémoire, le mal, l’identité, la douleur, le chaos… Il traque l’inconscient au plus profond des êtres. Il trace de nouvelles frontières, et c’est là tout le sens de son approche artistique et critique. Mohamed Thara a exposé au Soho International Art Contest à New York, à la Biennale d’Art Contemporain de Sharajah en Emarates Arabie Unie, à l’exposition collective Jeune Peinture au Grand Palais à Paris, à l’exposition Mutation au CAPC, Musée d’Art Contemporain de Bordeaux, à la Cité Frugès-Le Corbusier de Pessac en France et au Village des Arts à Dakar au Sénégal. Ses œuvres ont été acquises par plusieurs collectionneurs privés au Maroc et à l’étranger.

flagra-serie-photographique-copyright-mohamed-thara-2016
Flagra Série photographique © Copyright Mohamed Thara, 2016

 

Amine Bouyarmane né en 1988.

Jeune photographe Marocain qui vit et travaille à Fès. Il est titulaire d’un diplôme d’ingénieur en imagerie numérique de l’Ecole Supérieure d’Ingénieur de Rennes et pratique la photographie comme passion. Son travaille photographique consiste à tenter de s’approprier son environnement en y mêlant les émotions contrastées qu’il lui procure. Photographier est pour lui un moyen d’explorer son propre inconscient par un autre biais que le langage verbal tout en essayant de le traduire en des images pouvant être appréhendées et ressenties par tous. Ses travaux ont été exposés à l’institut Français de Fès ainsi qu’à la galerie Les Artistes à Rabat.

"Oppressione affascinante" série photographique © Copyright Amine Bouyarmane, 2016.
« Oppressione affascinante » série photographique © Copyright Amine Bouyarmane, 2016.

 

 
 Takafes fes photography residency

2 Replies to “Photographie : dans le ventre de la médina”

  1. This is cool 🙂

    Any Exhibitions in Fes soon?

    Thanks

  2. […] Photographie : dans le ventre de la médina […]

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